« Aucune nouvelle personne a proximite »

Sur Her, parmi les rares personnes inscrites, on trouve en fait beaucoup de faux profils. Aisling estime que, sur Her, pres d’un quart des profils qu’elle a pu voir seraient des faux. Elle parle de profils « qui viennent demander des nudes directement », ou encore de ceux « qui matchent entre 1 h et 3 h du matin, demandent a passer sur Snapchat et a avoir des nudes. »

Celia raconte avoir ete confrontee a « des faux profils qui essayaient de soutirer de l’argent », et avoir prefere aller sur Meetic. « Ils font vraiment un travail de moderation. Je n’ai jamais ete emmerdee par un homme ou par un couple. »

De maniere generale, les apps specialisees pour lesbiennes et femmes queers sont toutes americaines. Et comme elles sont faites par des anglophones, la moderation n’arrive pas toujours a suivre. Contactee par Numerama, Robyn Exton, la fondatrice de Her explique en effet que les 40 moderateurs employes par l’app ne parlent pas francais, et utilisent des logiciels de traduction. « Nous esperons bientot ajouter des moderateurs francais a notre equipe », tempere-t-elle. Si les faux profils ne restent pas forcement longtemps sur l’application, le fait est qu’ils ont, souvent, le temps d’entamer des conversations avec les utilisatrices, et qu’ils sont trop nombreux.

Peu de personnes inscrites, faux profils… ces problemes poussent au final les lesbiennes et les femmes queers a se tourner vers d’autres solutions : les apps comment fonctionne amolatina ou sites de rencontre « generalistes ». « Je ne connais personne de mon entourage qui utilise vraiment les apps speciales pour lesbiennes », resume Delphine.

Toutes les personnes interrogees confirment : au final, se sont surtout sur les app classiques que les lesbiennes vont. Mais meme sur Tinder, l’une des apps de rencontre les plus telechargees en France, les lesbiennes se retrouvent regulierement confrontees a un message : « Aucune nouvelle personne a proximite ».

« Il m’est arrive 3 ou 4 fois de voir ce message, en seulement quelques semaines d’utilisation », raconte Lena, qui vit pourtant a Lyon. « Je me suis dit, wow, je suis arrivee au bout, et pourtant j’habite pas a la campagne. J’etais etonnee, et decue aussi. Je m’etais dit : j’ai pas pu arriver au bout de toutes les lesbiennes celibataires de Lyon c’est pas possible. Elles sont ou ? Il faut que j’aille ou ? », se souvient-elle.

Le couple heterosexuel cherchant une femme queer pour realiser un plan a trois est, de loin, le probleme le plus recurent et le plus exasperant pour une tres grande partie des lesbiennes

« A la base, tu veux juste rencontrer des filles, mais en fait tu galeres. J’etais solo dans ma recherche, je trouvais personne sur les applis, et ca m’a fait manquer plein de trucs », regrette Delphine. « Je me suis sentie tres demunie. Quand tu commences a vouloir rencontrer des filles, meme a Paris, le premier reflexe c’est les applis ou internet, mais en fait t’as pas beaucoup d’infos ou de choix. »

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Et le probleme est exacerbe des que l’on sort des grandes metropoles. « Ca m’arrive tres regulierement d’arriver au bout des profils. Il y a eu des fois ou je swipais 10 fois, et il n’y avait plus personne », explique Saf, qui vit a Rouen. Et parmi ces 10 profils, Tinder lui proposait des couples et des hommes.

« Tu ne te sens pas comme une personne »

« C’est toujours tres agacant de voir que c’est pour “pimenter leur couple” », se souvient Lena. « Et encore, parfois ce n’etait pas precise dans leur description ou sur les photos. Ca m’a refroidie ». « Tu as beau ecrire dans ta description que tu ne veux pas de couple, ils viennent quand meme te parler, et c’est fatigant », abonde Celia.